Faites le mur !

Publié le par Jul

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Grande blague dirigée par Banksy et sa bande de potes ou vraie critique de l'art contemporain ? Les deux réponses sont possibles. Admettons que la deuxième soit la bonne.

 

Réalisé par Banksy, grand nom du street art pour les non-initiés, connu entre autres pour ses accrochages dans les musées londoniens, "Faites le mur" dénonce cette mode récente qui consiste à faire entrer le street art dans les musées. Mais est-ce qu'un art a le droit de devenir une mode, et dans ce cas en quoi est-il encore un art ? Mouvement le plus contestataire depuis le punk, le street art est né dans les années 1970, a été repris par Keith Haring et Jean-Michel Basquiat, et continue depuis sa tournée des murs, tunnels, rames de métro, toits d'immeuble aux quatre coins du monde. Le récent intérêt pour le street art par un milieu artistique qui nous dit ce qu'il faut penser et parle de ce qu'il ne connaît pas, a conduit à l'embourgeoisement du mouvement et à ces expositions que vous et moi avons vues au Grand Palais ou à la Tate Modern. Evidemment, tout le monde n'a pas attendu que ça devienne une mode pour admirer ces coups de bombe, qu'on découvrait il y a dix ou quinze ans dans les tunnels et sous les ponts de la route des vacances. Ca n'allait pas tellement plus loin, on ne se demandait pas qui avait fait quoi, on ne comprenait jamais comment ils avaient réussi à peindre à cet endroit-là, on aimait certains tags et pas d'autres, on regardait ces peintures qui ne demandaient rien à personne et encore moins des explications, et puis on repartait, en laissant les artistes faire leur travail. Et puis au fil des années on se rend compte que c'est plus que de simples peintures, même si on n'ira pas pour autant tagger un mur nous-mêmes.

 

En 2009 des gens comme vous et moi sont allés voir l'exposition T.A.G au Grand Palais. Et là, on s'est fait avoir. C'était peut-être naïf d'y aller, on voulait juste voir "de l'art pour l'art", parce qu'on a toujours été intrigués par ces peintures, et au final on se dit qu'on n'a peut-être pas plus compris le street art que ceux qui aujourd'hui en font une mode.

 

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Si nous ne sommes pas la cible de Banksy dans "Faites le mur", le film nous remet les idées à leur place en rappelant de façon assez intelligente que le street art n'a absolument rien à faire sur les murs d'un musée, et de façon générale que lorsqu'un art commence à être recyclé par d'autres (ce qui est de plus en plus cas dans notre monde d'aujourd'hui), ça n'a rien de bon, ni pour les artistes à l'origine du mouvement ni pour le public. Le sens des mots "art" et "artiste" semble être un grand mensonge à but ultra-commercial au 21ème siècle, alors qu'il y a cinquante ans seulement les artistes avaient encore quelque chose à dire.

 

Mais parlons du film. Composé en deux parties, la première montrant le Français Thierry Guetta (cousin de Space Invader) filmer tous les graffeurs du monde dans l'espoir de rencontrer son insaisissable idole Banksy, la seconde axée sur le succès fulgurant de Guetta comme artiste, "Faites le mur" est un documentaire sur dix années de street art, monde méconnu dont on ne voit généralement que les résultats visuels. Images mal cadrées, mal exposées, prises d'une seule main du haut des cheminées et qui restituent l'atmosphère des taggeurs au travail. C'est aussi une très dure critique de l'art contemporain, avec ses stars dont le compte en banque est aussi rempli que leurs oeuvres sont vides, et ses milieux branchés achetant et s'extasiant devant tout ce qu'on leur montre sans chercher à en comprendre le sens. Le titre original du film révèle d'ailleurs la direction actuellement prise par le street et l'art : "Exit through the gift shop" ("J’admire la manière dont le capitalisme trouve une place même à ses ennemis", résume Banksy). Pendant que des collectionneurs d'art, aimant Picasso (mais pas Keith Haring, ça jamais) se jettent sur les oeuvres de Banksy (lesquelles oeuvres montrent qu'il a une connaissance de l'art totalement absente chez ses acheteurs), Thierry Guetta laisse Banksy réaliser son documentaire sur le street art pendant qu'il se lance comme artiste à la mode, fort des conseils de son ami qui en profite pour prendre sa place derrière la caméra et suivre le futur Mr. Brainwash. Mais Guetta n'a aucun talent, sauf celui de passer pour un génie. Ce qui lui rapportera beaucoup d'argent, la gloire dans les milieux branchés, un pied dans le plâtre, le dégoût du public du film et celui de Banksy qui le laissera tomber ... A moins que Guetta ne soit sa dernière invention contre l'art et le monde d'aujourd'hui ?

 

Quoi qu'il en soit, Bansky est un grand artiste et pas seulement une bombe de peinture à la main.

 

 

Publié dans Art contemporain

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