Mardi 18 décembre 2 18 /12 /Déc 15:40

una famiglia perfetta poster italiano

 

Film étrange, qui peut déconcerter plus d'un spectateur, "Una famiglia perfetta"raconte la fête de Noël d'un homme cinquantenaire, qui souffre de la solitude et paye une troupe d'acteurs afin d'interpréter pendant 24 heures la famille qu'il n'a jamais eue.

Qui va voir le film sans en connaître l'histoire risque de croire qu'il s'agit d'une vraie famille, mais où l'on fait tellement semblant d'être une famille unie qu'en réalité ce sont tous des acteurs. Paolo Genovese va en fait bien plus loin, et au lieu de présenter seulement une "soi-disant" famille, il s'intéresse au couple et à la famille contemporains de façon générale. Et rien de tel que Noël, fête où on se retrouve en famille par excellence, pour permettre à ces personnages de faire le point sur eux-mêmes et de mieux ressentir à quel point ils sont seuls alors même qu'ils ont tout l'air d'une famille parfaite.

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Cette fausse famille, payée par un homme qui a tout sauf l'essentiel, cache une autre famille, vraie cette fois, et qui profitera du jeu pour se reconstituer ; et la famille soi-disant parfaite laissera la place à deux couples enfin heureux. Film sur la famille et les rapports entre chacun de ses membres, mais aussi sur ce qui est vraiment important, "Una famiglia perfetta"se révèle assez juste et sincère sur le plan des sentiments (le personnage principal a tellement besoin d'une famille qu'il cherche à ne pas être seulement un père mais aussi un ami pour ses enfants, et souffre de ne pas être accepté en tant que tel ; ou encore les rapports entre lui et les deux femmes qu'il rencontre).

Très bien mené sur le plan cinématographique (mise en scène, direction d'acteurs), le film peut sembler inutilement compliqué (pourquoi cette idée d'acteurs payés pour interpréter une famille, au lieu de présenter une vraie famille d'aujourd'hui qui se rend compte qu'elle n'a plus aucune raison d'être ?), et s'il mélange habilement les genres et les idées (comédie, drame, critique de la société actuelle, film sur le cinéma et les acteurs), le spectateur risque de s'y perdre et aurait préféré que le film prenne une unique direction, plus simple. D'autres films de Paolo Genovese, comme "Viaggio in Italia – Una favola vera" (P. Genovese et L. Miniero, 2007), reposaient en effet sur une idée assez simple mais très bien développée, et réussissaient tout aussi bien et aussi intelligemment à parler de famille, de sentiments et de société.

Par Jul - Publié dans : Cinéma - Communauté : 1 article = 1 film
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Vendredi 16 septembre 5 16 /09 /Sep 19:00

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Pendant l'été 1977, un groupe d'enfants passe ses journées au "château", amoncellement de matériaux dans un terrain vague. Fils d'immigrés du Sud de l'Italie, ils rêvent déjà d'un avenir meilleur. Alors qu'un médecin s'est installé dans le quartier, on retrouve des petites filles tuées. Les enfants, adultes avant l'âge, assistent aux évènements avant de prendre eux-mêmes les choses en main, ce qui les hantera pour le restant de leurs jours. Dans les années 2000, Sandro étouffe son fils à trop vouloir le protéger, l'institutrice Cinzia ne réussit pas à se faire comprendre de ses collègues aux conseils de classe, et l'ex-chef de bande Carmine est au chômage et passe ses journées au bar.

 

Film étrange et inclassable, à la fois fellinien, pasolinien et directement sorti des faits divers qu'on lit dans les journaux, où les meilleurs acteurs du cinéma italien actuel sont réunis autour d'une histoire sordide, "Ruggine" ("rouille" en français) va et vient entre 1977 et aujourd'hui, en mettant en parallèle un fait qui va marquer trois enfants et ce qu'ils sont devenus à l'âge adulte. C'est d'ailleurs le principe utilisé dans "La prima cosa bella" (où il y avait aussi Valerio Mastandrea), mais ici c'est au profit d'un drame qui ne laisse pas la moindre place à l'espoir. Les images de l'été 1977 sont beaucoup plus chaudes que celles du film de Virzì, on ne respire pas dans la misère de la banlieue milanaise; celles d'aujourd'hui sont d'une extrême froideur, mais toujours sans la possibilité de s'échapper.

 

 

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Daniele Gaglianone mêle habilement ici des thèmes propres à Pasolini et à Fellini. L'un filmait la misère des immigrés et la fin de la lutte des classes ("Théorème"), l'autre racontait ses souvenirs d'enfant passant à l'âge adulte en fantasmant sur les femmes et faisait de Mastroianni son acteur fétiche. Dans "Ruggine", les enfants sont confrontés à l'ignoble à travers un "latin lover" obsédé par les petites filles; trente ans plus tard, ils mangent à leur faim dans leur maison avec télé, mais personne ne pourra les aider à surmonter leur mal, et ils ne pourront rien pour les générations suivantes, qui deviendront ce qu'ils ne sont pas devenus. Servi par des acteurs extraordinaires (Filippo Timi et les enfants en tête), "Ruggine" est construit de façon très intelligente (tout est suggéré, notamment par une belle trouvaille, celle de la voiture à la station-service, ou encore par le rôle de la voix chez le médecin – silences quand il se rend compte de ce qu'il fait, chant à valeur symbolique, dialogues-monologues quand ses patients viennent le voir). Le réalisateur ne juge pas son personnage, il le laisse se condamner lui-même (très grand travail sur la psychologie du personnage), et à la fin du film son "justicier" se condamne à son tour, loin d'une police impuissante et quasiment absente.

 

Sans être vraiment un chef-d'oeuvre, le film est probablement un des plus intéressants de l'année: évitant toute impression sordide sans être joyeux pour autant, reposant sur une belle photographie (du brûlant au glacial, du net à un flou presque abstrait), de grands acteurs et un réalisateur à suivre. On ne prend jamais partie pour quoi ce que ce soit ici, Daniele Gaglianone dépasse le cadre du simple fait divers pour mettre en avant des personnages d'une psychologie rare au cinéma, le tout dans un présent, un environnement aussi dangereux que ce dont les personnages ne peuvent pas parler.

 

 

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Casting:

Filippo Timi – le médecin

Stefano Accorsi – Sandro

Valerio Mastandrea – Carmine

Valeria Solarino – Cinzia

Par Jul - Publié dans : Cinéma - Communauté : 1 article = 1 film
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Samedi 9 juillet 6 09 /07 /Juil 15:46

Bonjour à tous,

Du nouveau dans mon activité de rédactrice! Deux de mes articles sont en effet publiés dans le numéro été 2011 de Jeune cinéma, dirigé par Lucien Logette. Ce sont mes premiers articles pour un magazine papier, et j'espère continuer à écrire pour eux même si je pars bientôt vivre à Bologne (eh oui!).

Les films critiqués sont "Atmen" et "Des jeunes gens mödernes": deux films que je n'ai pas vraiment aimés, surtout le deuxième, mais ça ne doit pas vous empêcher pas d'aller jeter un coup d'oeil au magazine!

 

Où trouver Jeune Cinéma:

Ciné Reflet, 14 rue Monsieur le Prince, Paris 6ème

Librairie de la Cinémathèque, 51 rue de Bercy, Paris 12ème

Flammarion, Centre Pompidou, Paris 4ème

Ombres blanches, 50 rue Gambetta, Toulouse

Et aussi: http://www.jeunecinema.fr/

Par Jul - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 29 juin 3 29 /06 /Juin 00:10

Publié au départ en décembre 2010, cet article a été reprogrammé au 29 juin 2011, date de la sortie du film.

 

 

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Héritier de la comédie à l'italienne, Paolo Virzì sait mêler dans ses comédies les différents genres cinématographiques, et traite ses sujets de façon bien plus profonde qu'il n'y paraît, s'interrogeant sur la recherche par l'homme de son identité et son futur.

 

"La prima cosa bella" décrit l'histoire de deux enfants tiraillés entre leurs parents séparés, sans pouvoir les comprendre. Lorsqu'en 1971, Anna est élue maman la plus belle de Livourne, la pagaille s'installe dans la famille.

Mario est pris d'une crise de jalousie destructrice et met à la porte sa femme et ses enfants. Dès lors Bruno et Valeria vont de porte en porte, au gré des emplois et des amours d'Anna. Mauvaise actrice, sécrétaire incapable de passer une communication au téléphone, femme trop amoureuse, elle résiste à tout pour l'amour de ses enfants. Mais les enfants vivent autrement les rapports parentaux ; enlevés par leur père, repris par leur mère, ils grandissent dans l'ombre de cette mère trop aimante, trop vivante, trop embarrassante, trop libre, et qui finira par gâcher leur vie à trop les aimer. Ce n'est qu'à notre époque, lorsqu'Anna est atteinte d'un cancer, que ses enfants vont comprendre ce que leur jeunesse empêchait de comprendre, et, peut-être, donner enfin à leur vie le sens qu'elle n'a pas trouvé.

 

Fonctionnant par flash-backs (tel élément du présent évoquant un élément du passé, comme cette scène où Bruno, observant du dehors la chambre où dort sa mère, se rappelle ce soir où il regardait par le trou de la serrure de sa chambre ses parents se disputer, avant que son père ne les mette tous à la porte), le film fait de nombreux aller-retours dans la vie des personnages à travers les souvenirs de Bruno, puis abandonne peu à peu le passé pour le présent dès lors que Bruno commence à comprendre le sens des évènements qui ont marqué son enfance, et qu'il avait cherché à oublier en abandonnant Livourne.

 

 

La_prima_cosa_bella.jpg 

 

L'une des plus belles qualités du film est d'utiliser la photographie pour différencier le passé et le présent, tout en donnant à chaque époque sa véritable signification à travers les couleurs et l'ambiance générale. Ainsi, les années 1970, l'enfance d'Anna et de Bruno, sont caractérisées par des tons chauds et orangés. Si le fils s'est toujours senti étouffé par sa mère dont il ne comprend pas le comportement, il se rendra compte plus tard qu'elle les a aimés du mieux qu'elle pouvait et a voulu leur faire partager son amour de la vie et de la liberté. "Ca été très fatigant la vie, mes enfants. Mais on s'est beaucoup amusés aussi, n'est-ce pas ?", dit Anna avant de mourir. Les années 2000 sont représentées par des images plus froides et réalistes : si Bruno et Valeria ont cru que devenir adultes leur permettrait enfin de construire une vie à eux, ils sont en réalité tous deux incapables de regarder les choses en face. L'un se drogue comme un jeune de vingt ans et est devenu professeur de lettres pour éviter de faire ce pour quoi il était doué: l'écriture. L'autre ne veut pas s'avouer qu'elle n'est pas heureuse avec son mari et calme ses nerfs sur son patron. La séquence de la mort d'Anna va préférer la première ambiance photographique à la seconde, avant que le film ne se termine par des plans en plein soleil, indiquant que cette fois tout peut (et va) repartir sur de bonnes bases. 

 

 

 

Par Jul - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 22 juin 3 22 /06 /Juin 23:32

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Après "Mauvaise foi" (2006), qui s'intéressait de façon assez juste aux rapports entre religions, Roschdy Zem revient avec une des plus grandes affaires françaises des années 1990: celle du jardinier marocain Omar Raddad, accusé d'avoir tué sa patronne Ghislaine Marchal en 1991.

 

Au lieu de tomber dans la facilité (qui consisterait ici à reprendre le dossier pour découvrir enfin les coupables), Roschdy Zem réalise une très intéressante description de la société et démontre que, plus que les assassins de Mme Marchal, le plus grand danger vient des juges et des policiers d'une part, et de leurs intérêts personnels d'autre part. Non seulement ils font tout pour ne pas voir les choses en face, mais ils sont aussi contents d'avoir un coupable tout désigné; comme le souligne Jacques Vergès, défenseur des cas indéfendables: "Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin". Omar Raddad étant dépendant aux machines à sous et ayant souvent besoin d'argent, les juges estiment que c'est une raison pour tuer quelqu'un. De plus, la victime ayant eu le temps d'écrire sur une porte "Omar m'a tuer" et de se barricader à l'intérieur de la pièce, Omar Raddad est forcément l'assassin. Qu'il soit impossible d'écrire correctement cette phrase dans le noir et que l'accusé soit analphabète ne semble déranger personne. Trois ans plus tard, à l'ouverture du procès, l'académicien Pierre-Emmanuel Vaugrenard (en réalité Jean-Marie Rouart) décide de mener sa propre enquête, en réaction à l'opinion bien-pensante. Il ne tarde d'ailleurs pas à se faire une idée du nom de l'assassin. Pendant ce temps, Omar Raddad est condamné à dix-huit ans de prison. Il en sort au bout de six ans, et se lance dans une demande de révision. En 2011, il attend toujours d'être reconnu innocent.

 

 

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Visuellement aidé par son utilisation de la lumière du Sud de la France, Roschdy Zem maîtrise parfaitement sa réalisation, sa direction d'acteurs (Denis Podalydès, très bon, et Sami Bouajila, à son meilleur), et enfin ses dialogues qui renvoient dans une certaine mesure à ceux des films français des années 50/60. Il sait jouer sur différents registres et parvient aussi bien à nous faire rire (scène très réussie de Vaugrenard expliquant à son assistante que le téléphone portable n'a aucun avenir) qu'à nous faire pleurer, et contrairement à ce qui se fait d'habitude, utilise l'analphabétisme de son personnage pour mieux lui faire comprendre ce qui lui arrive. Par exemple, Omar Raddad ne comprend qu'il a été condamné qu'en voyant les réactions de sa famille. Il apprend ensuite à écrire dans le seul but de prouver que sa patronne n'a pas pu inscrire elle-même la fameuse phrase. Le montage en aller-retour permanent permet au spectateur de suivre de façon aussi claire que possible toute l'histoire, alors qu'une présentation chronologique aurait été prendre le risque que le spectateur oublie des détails ou des faits importants. Enfin, en dépassant le simple cadre de l'affaire, Roschdy Zem traite en un seul et même film de sujets de société très différents: la famille, la justice, la police, la prison, le racisme, les rapports de classe ou de génération (Vaugrenard et son assistante dénuée de toute pratique mais qui a un téléphone portable), l'immigration, les départs forcés, le conformisme. Les références à notre société actuelle sont nombreuses dans cette histoire qui aurait pu finalement n'être qu'un fait divers parmi tant d'autres.

 

 

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Certains diront que le film est manichéen, que Roschdy Zem tombe dans la facilité anti-française de Rachid Bouchareb, que le film se base essentiellement sur la version d'Omar Raddad, ou que le montage en aller-retour n'a aucun sens. Si on va voir le film pour son sujet, et pour voir un beau film, on a des chances d'être vraiment surpris par Omar m'a tuer, grande réussite cinématographique (malgré un manque de personnalité peut-être) et belle analyse socio-juridique, exactement le genre de film fort qui fait du bien dans le paysage actuel. Roschdy Zem a du mérite comme on voudrait en voir plus souvent au cinéma, et on attend avec impatience son prochain film.

 

 

 

Par Jul - Publié dans : Cinéma
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